« Dans nos maisons, il y a encore trop de superficialité ».

Actualités - 07 avril 2017

« Dans nos maisons, il y a encore trop de superficialité ».

Installée dans le Morbihan, l’architecte d’intérieur Julie Crowhurst est spécialisée dans l’éco-construction. Elle choisit des matériaux écologiques, conçoit en laissant la place à une réhabilitation des objets existant et à une redistribution des lieux. Quand écolo rime avec credo…  


Culture Agencement : Pourquoi vous êtes-vous orientée vers l'éco-construction ? A quels types de projets pour les particuliers répondez-vous ?

Julie Crowhurst : « J’ai toujours eu cette sensibilité. Aujourd’hui, on a l’impression d’avoir une multitude de choix concernant l’aménagement d’intérieur, mais finalement nous sommes conditionnés à toujours aller vers les mêmes matériaux. D’ailleurs, je reste assez désolée de ceux que l’on choisit de mettre dans nos maisons. Il y a encore trop de superficialité. C’est pourquoi j’ai voulu retourner vers des matériaux naturels et écologiques. Je veux offrir un vrai choix aux clients pour qu’ils s’interrogent sur le cycle de vie des matériaux, qu’ils réfléchissent à l’achat de mobilier neuf ou bien s’orientent vers du réemploi, etc. Je conçois également du mobilier sur mesure qui est fabriqué par des petits agenceurs ou par des menuisiers locaux qui utilisent des matériaux écologiques. Pour le moment, mon activité se développe essentiellement en apportant des réponses à des demandes sur mesure. Je conseille et j’accompagne beaucoup. Mes clients peuvent être des auto-constructeurs ou des nouveaux propriétaires qui cherchent à rénover leur bien. Il y a six mois, j’ai aussi développé une activité de conception de « tiny house » en partenariat avec un constructeur. Sur ce type de projet, mon but est de rationnaliser au maximum l’espace en amont. C’est aussi cela qui permet d’avoir ensuite le budget nécessaire pour aménager de manière qualitative.  Pour l’instant, je réalise, en moyenne, 50% de mon activité sur des projets pour des particuliers. Les projets de rénovation où je joue un rôle important de conception et de conseil prédominent. Les 50% restant sont dédiés à des projets avec des professionnels, comme la conception de commerces. Mon entreprise étant récente, cela peut sensiblement varier d’une année à l’autre.


Culture Agencement : On parle de plus en plus du concept de la "tiny house", petit habitat alternatif. A une époque où la recherche d'espace, de confort et de personnalisation domine, comment expliquer l'engouement pour cet habitat ? Comment accompagnez-vous les particuliers sur ce type de projet ?

Julie Crowhurst : Les gens ont l’image du retour aux sources et à la nature mais c'est aussi un moindre coût pour se loger et avoir son « chez soi ». La « tiny house » peut-être un moyen pour des jeunes couples d’accéder à la propriété. Contrairement à certains clichés, il n’y a pas que des « ascètes » qui vivent dans les « tiny houses » ! (rires) Au contraire, ce sont des personnes de tous horizons. L’avantage de la « tiny house » est qu’on se réapproprie son habitat. Nous ne sommes plus du tout dans le schéma où c’est d’abord le portefeuille qui dicte le type de logement auquel on peut accéder. En fait, tout est possible. Dans 20 m2 chacun crée sa maison telle qu’il l’imagine. Je propose donc un accompagnement. Comme pour tout autre projet, je travaille avec une esquisse préalable, afin de définir les attentes. Après plusieurs échanges, j’émets deux propositions d’aménagement qui permettront de définir et de travailler le projet plus précisément. J’apporte une vision globale, afin d’optimiser l’espace et d’en proposer une conception qui corresponde au fonctionnement de son propriétaire. Car, dans 20 m2 le sur-mesure prend toute son importance.

 

Culture Agencement : Quelle est votre approche sur les projets de rénovation ? En quoi se distingue votre intervention de celle d'un architecte d’intérieur non spécialiste de l'éco-construction ?

Julie Crowhurst : Je privilégie le réemploi, la transformation et l’économie des mètres carrés. Ce que je constate régulièrement chez les gens qui ont un projet d’extension, c’est qu’ils n’arrivent pas à utiliser les espaces à leur disposition. Quand il y a déjà une grande surface, je vais plutôt faire des propositions de redistribution et de réagencement des espaces en accord avec le fonctionnement de la personne ou du foyer et dans le respect des attentes. Finalement, j’ai davantage une approche de réduction que d’agrandissement. De même, je peux réemployer du mobilier, par exemple. Avant un projet de rénovation, je procède toujours à l’inventaire de l’existant, afin de voir ce qui peut être réutilisé. Bref, mon approche est très loin du : « on jette tout, on recommence ! » Et bien évidemment, au niveau des matériaux, j’ai arrêté de conseiller tous les matériaux non sains. Par exemple, pour les sols, je ne conseille que des matériaux non émissifs. Aujourd’hui, on met du stratifié partout ! Pour ma part, je cherche à bannir ce type de sols remplis de colle qui peuvent causer des problèmes de santé, au profit d’alternatives naturelles : des sols en liège, en linoléum naturel – et non en PVC - du carrelage… Il y a tellement d’autres choix possibles ! Mon travail consiste aussi à montrer qu’on peut avoir un intérieur contemporain et personnalisé avec des matières naturelles. »

 

Propos recueillis par Vanessa Barbier

 

Son parcours :

Après l’obtention de son diplôme en 2007, Julie Crowhurst travaille quelques années dans des cabinets d’architecture d’intérieur avant de créer sa propre structure, IntérieurEco. Exclusivement tournée vers l’éco-construction, la jeune architecte d’intérieur travaille depuis quelques mois en partenariat avec un éco-constructeur autour du concept des « tiny houses », littéralement « maisons minuscules ».

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« Dans nos maisons, il y a encore trop de superficialité ».
« Dans nos maisons, il y a encore trop de superficialité ».

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